Karim Benzema devant Mathieu Valbuena, lors du match de Coupe du monde France-Honduras Ă  Porto Alegre, le 15 juin 2014
Par Antoine GUY / © 2019 AFP

Quatre ans de procĂ©dure et deux carrières internationales Ă  l’arrĂŞt: l’enquĂŞte sur l’affaire du chantage Ă  la sextape mettant en cause Karim Benzema a Ă©tĂ© de nouveau contestĂ©e par le clan du joueur madrilène lundi devant la Cour de cassation.

Les policiers ont-ils usĂ© d’un stratagème dĂ©loyal pour monter un dossier visant l’attaquant vedette du Real Madrid, soupçonnĂ© d’avoir cherchĂ© Ă  faire chanter son ancien coĂ©quipier en bleu Mathieu Valbuena?

C’est la question sur laquelle s’est penchĂ©e lundi la Cour de cassation rĂ©unie en assemblĂ©e plĂ©nière, juridiction suprĂŞme en France, avant de trancher le 9 dĂ©cembre.

Tout remonte Ă  juin 2015, lorsque Mathieu Valbuena sollicite les forces de l’ordre après avoir reçu un appel l’informant de l’existence d’une vidĂ©o Ă  caractère sexuel sur laquelle il est clairement identifiable. L’interlocuteur le menace de rendre le document public.

Un agent de police va alors prendre les choses en main et se faire passer pour un nĂ©gociateur missionnĂ© par Valbuena. Il n’aura de contacts qu’avec Younes Houass, un intermĂ©diaire gravitant dans le milieu du football.

Karim Benzema entrera dans le dossier quelques mois plus tard, en octobre, quand il Ă©voquera l’existence de la vidĂ©o avec Valbuena lors d’un rassemblement de l’Ă©quipe de France Ă  Clairefontaine. Une simple conversation amicale pour le prĂ©venir selon l’attaquant du Real, mis en examen en novembre 2015, une injonction Ă  payer d’après la police et Mathieu Valbuena.

L’intervention de policiers sous couverture dans ce genre d’affaires est commun, a reconnu Me Fabrice Spinosi, avocat de Karim Benzema, mais “le vice est dans le zèle dont va faire preuve cet officier”.

“Il va prendre la direction des Ă©changes en relançant rĂ©gulièrement ses contacts”, affirme l’avocat. Alors que plus aucun Ă©change n’a lieu depuis le 8 juin, “l’officier prend seul l’initiative de relancer ses contacts le 15 juillet”. MĂŞme chose en septembre quand il se montre “pressant”, Ă©voquant pour la première fois “une contrepartie financière”, alors qu’en face, “l’interlocuteur exprime sa volontĂ© de mettre un terme aux Ă©changes” autour de la vidĂ©o.

“Pas de tromperie”

Des mĂ©thodes tout Ă  fait normales pour l’avocat de Mathieu Valbuena, Me FrĂ©dĂ©ric Thiriez. “Les maĂ®tres-chanteurs utilisent le silence pour effrayer leurs victimes, explique-t-il, il est normal de les relancer”. “L’enquĂŞteur n’a fait que son travail comme le ferait, toute proportion gardĂ©e, un nĂ©gociateur dans le cadre d’une affaire d’enlèvement et de sĂ©questration”, complète Me Thiriez.

Se ranger aux arguments de la dĂ©fense reviendrait Ă  “dĂ©sarmer la police” pour qui “il n’est pas interdit d’ĂŞtre rusĂ©”, ajoute Ă©galement l’avocat.

L’avocat gĂ©nĂ©ral, FrĂ©dĂ©ric Desportes, a suivi ce raisonnement dans son rĂ©quisitoire: “Si les coups bas sont interdits, les simples ruses de guerre ne le sont pas” en matière d’enquĂŞte, a-t-il dit, demandant le rejet du pourvoi.

“On ne peut pas exiger des enquĂŞteurs qu’ils mènent leurs investigations de manière transparente”, a-t-il insistĂ©, estimant qu’il n’y avait “pas de tromperie sur l’essentiel”.

De plus, “l’infraction Ă©tait dĂ©jĂ  en cours quand le commissaire est intervenu dans la procĂ©dure”, a rappelĂ© M. Desportes.

“Ne vous laissez pas abuser car je sais que le temps est Ă  la rĂ©pression”, a prĂ©venu en s’adressant Ă  la Cour Fabrice Spinosi. Il est “toujours plus simple de poursuivre que d’annuler une procĂ©dure viciĂ©e”, notamment dans une affaire qui “attire une attention mĂ©diatique nationale voir mĂŞme internationale”, a-t-il soulignĂ©. “Le chemin de la loyautĂ© est difficile”.

En juillet 2017, la Cour de cassation avait donnĂ© raison Ă  Karim Benzema avant que la cour d’appel de Paris ne rĂ©siste, conduisant l’attaquant madrilène Ă  se pourvoir en cassation.

La dĂ©cision du 9 dĂ©cembre sera la dernière avant un retour de l’affaire sur le bureau du juge d’instruction.

Si le pourvoi est rejetĂ©, la perspective d’un procès de Karim Benzema se concrĂ©tisera un peu plus. Mais si la Cour lui donne raison, l’affaire devrait s’arrĂŞter lĂ  pour lui. Quoi qu’il arrive, elle aura contribuĂ© Ă  priver l’actuel meilleur buteur du championnat d’Espagne de sa place en Ă©quipe de France depuis novembre 2015.