A peine dévoilée, la future Ligue des Champions agace déjà

A peine dévoilée, la future Ligue des Champions agace déjà
Par Coralie FEBVRE / © 2021 AFP

Loin d’être confortée par l’implosion de l’éphémère Super Ligue, la réforme de la Ligue des Champions au-delà de 2024 attise elle aussi les fractures du football européen, et paie sa genèse empoisonnée.

En dévoilant la future C1 le 19 avril, quelques heures après le lancement par douze grands clubs de leur propre tournoi privé, l’UEFA se doutait que la mutinerie éclipserait les charmes de son “nouveau format excitant”.

Mais même l’effondrement du projet de scission, deux jours plus tard, n’a guère réveillé l’intérêt pour le passage de la compétition reine de 32 à 36 clubs, avec cent matches supplémentaires censés allécher les diffuseurs, et un “mini-championnat” inspiré des tournois d’échecs pour remplacer l’actuelle phase de poules.

Si supporteurs, joueurs, entraîneurs et dirigeants politiques ont volé au secours de l’UEFA, c’était au nom de leur attachement aux tournois continentaux reposant sur la promotion-relégationjamais pour vanter sa dernière trouvaille.

“De plus en plus de matches, et personne ne pense à nous, joueurs ? Le nouveau format de la C1, c’est le moindre des maux comparé à la Super Ligue”, déplorait dès jeudi dernier le milieu de Manchester City, Ilkay Gündogan.

Grinçant, son entraîneur Pep Guardiola ironisait le lendemain face à la presse: “Peut-être devons-nous demander à l’UEFA et à la FIFA de prolonger l’année. Peut-être que nous pourrions avoir 400 jours par an.”

Double-jeu

“Chaque saison, c’est pareil, regrettait-il. Les joueurs adorent jouer, mais se blessent. L’UEFA le sait, bien sûr, mas s’en préoccupe-t-elle ? Absolument pas”.

Même lassitude chez l’entraîneur de Liverpool Jürgen Klopp, pour qui “les seules personnes qui ne sont jamais consultées sont les entraîneurs, les joueurs et les supporteurs”, alors que les grandes écuries sont “déjà sur la corde raide”.

Enfin, à la veille de ramener le nul (1-1) en demi-finale aller de C1 sur le terrain du Real Madrid, l’entraîneur de Chelsea Thomas Tuchel confiait n’être “pas heureux à l’idée de ce format, pas du tout. Mais je n’ai pas été impliqué”.

L’UEFA a pourtant manœuvré pendant des mois avant d’accoucher de sa réforme, mais sans débat public: comme d’habitude, elle a négocié en coulisses avec European Leagues, l’association représentant une trentaine de championnats, et surtout avec la puissante Association européenne des clubs (ECA).

“La beauté” de cette refonte radicale “a été reconnue par tous”, osait même le 8 mars Andrea Agnelli, alors patron de la Juventus Turin et de l’ECA, avant de se révéler être l’un des meneurs de la Super Ligue.

Le double jeu du dirigeant piémontais, comme des onze autres mutins qui avaient validé la future Ligue des Champions tout en s’efforçant de la torpiller, sape aujourd’hui encore la crédibilité de la future C1.

Haro sur la “super élite”

Officiellement, l’UEFA n’a aucune intention de revoir sa copiesinon à la marge, avec l’éventuelle création d’un “Final 4” où demi-finales et finale seraient regroupées

, et va désormais se concentrer sur la répartition des recettes et la commercialisation des droits TV.

Mais si les critiques devaient prendre de l’ampleur, le “système suisse” a au moins l’avantage de la souplesse: regroupés en une poule unique, les clubs peuvent aussi bien s’affronter sur dix journées, comme prévu actuellement, que sur huit ou sur six pour réduire le nombre de rencontres.

L’UEFA devra quoi qu’il arrive composer avec les séquelles de l’épisode Super Ligue: entraîneurs, joueurs, supporteurs et championnats semblent moins enclins que jamais à laisser les instances alourdir le calendrier en se passant de leur avis.

“Il y a tant de nouveaux formats: nous avons la Ligue des Nations, bientôt un nouveau Mondial des clubs (élargi à 24 équipes, ndlr), plus d’équipes à l’Euro cet été… C’est encore et toujours plus de matches, mais pas plus de qualité”, énumérait lundi Thomas Tuchel.

Depuis vingt ans, “un petit nombre de clubs a connu une croissance exponentielle”, dopés par “le développement des compétitions +super élite+” au détriment de “l’intérêt et l’équilibre des championnats”, relevait vendredi le Forum mondial des ligues.

“Cette situation doit s’inverser, et il convient maintenant de se concentrer sur le développement des compétitions nationales” qui font vivre la grande majorité des clubs, réclamait l’association.