Spectateurs et supporters de Lens dans des travées sans siège du stade Félix Bollaert, à Lens, le 1er avril 2019
Par Alexis HONTANG, Jeremy TALBOT / © 2019 AFP

Ici, c’est “la tribune qui bouge” ! Bienvenue dans le kop de Lens, oĂą plus de 4.000 supporters vibrent Ă©paule contre Ă©paule dans des travĂ©es sans siège, une expĂ©rimentation “tribune debout” chère aux ultras et validĂ©e par les autoritĂ©s et le club, fier de l’ambiance “festive et sĂ©curisĂ©e”.

Pour les fidèles de la tribune latĂ©rale Marek, c’est un retour aux sources autant qu’un pas en avant. Car avant la rĂ©novation du stade Bollaert-Delelis pour le Mondial-1998, ses gradins ne comptaient aucun siège.

“Ça me rajeunit”, sourit Patrick Bodelot, abonnĂ© pour la première fois en 1975. “On l’appelle pas la tribune Marek, c’est la tribune qui bouge !”, rigole le supporter Sang et Or. “Les gens sont debout, les uns Ă  cĂ´tĂ© des autres, ça met plus d’ambiance”, s’emballe son ami AndrĂ© Dumontier, pull du RC Lens sur le dos.

“Pour communier ensemble c’est plus facile”, abonde Pierre Baillieux, un habituĂ©. Dans cette configuration, “on est acteurs et ça change la donne”, dit-il, un bracelet “Marek debout” datĂ© “15/09/2018” au poignet.

Lens a inaugurĂ© la tribune sans siège Ă  cette date lors d’un match de Ligue 2 contre Sochaux, Ă©galement concernĂ© comme Saint-Etienne et Amiens (L1) par l’expĂ©rimentation de l’Instance nationale du supportĂ©risme (INS), groupe de dialogue qui rassemble les acteurs du football.

“C’est gĂ©nial, plus convivial, on se sent plus soudĂ©”, savoure Gregory Delassus, abonnĂ© de longue date rencontrĂ© dĂ©but avril lors de Lens-Le Havre.

Ce soir-là le kop est plein, les écharpes et les drapeaux volent, les chants retentissent en continu malgré le pauvre spectacle sur le terrain (0-0).

Fractures, entorses

Les “tribunes debout” Ă©taient interdites en France depuis la catastrophe du stade de Furiani Ă  Bastia en 1992, oĂą l’effondrement d’une tribune avait causĂ© la mort de 18 personnes.

Alors, pendant vingt ans, les fans lensois sont restés debout malgré les sièges installés dans leurs gradins. Mais leur ferveur a fait de la casse.

“Sur des actions chaudes, des buts, des mouvements de foule, on prend les sièges dans les tibias, on tombe” et parfois ça entraĂ®ne “des fractures, des entorses”, se rappelle Pierre Bouchend’homme du groupe d’ultras Red Tigers.

Au club, on Ă©voque aussi des “jambes coincĂ©es entre deux sièges”, “des mollets arrachĂ©s”. C’est ce constat qui a permis aux supporters d’obtenir gain de cause.

“A partir du moment oĂą le dĂ©bat Ă©tait portĂ© principalement sur la sĂ©curitĂ©, toutes les portes s’ouvrent”, reconnaĂ®t Fabrice Wolniczak, directeur du dĂ©veloppement au RC Lens. La problĂ©matique “n’Ă©tait pas un alibi” pour faire plaisir aux ultras, selon lui.

Avec des supporters “forces de proposition et qui revendiquent leur passĂ©”, des soutiens politiques locaux et une Ligue “rĂ©ceptive”, le club a fait le nĂ©cessaire pour voir aboutir le projet qui a coĂ»tĂ© “plus de 200.000 euros”, selon le dirigeant.

“Pas brĂ»ler les Ă©tapes”

DĂ©sormais, les groupes ultras ont deux idĂ©es derrière la tĂŞte: Ă©tendre la “tribune debout” au parcage des visiteurs, et agrandir la jauge du kop.

“La Marek c’est 4.100 bonhommes, ce qu’on veut c’est qu’elle soit Ă  6.000”, lance Pierre RĂ©villon (Red Tigers), prĂ©sident de l’Association nationale des supporters. “Le club est OK, le maire aussi, on attend juste l’aval des instances”, dit-il tandis que le public entonne la chanson “Les Corons” Ă  pleins poumons.

Il ne faut “pas brĂ»ler les Ă©tapes”, tempère Fabrice Wolniczak. Pour le dirigeant lensois, “l’idĂ©e n’est pas de bourrer la tribune”, il faut conserver “un confort et une sĂ©curitĂ© optimales”.

La vague des “tribune debout” pourrait-elle se dĂ©verser prochainement dans tous les stades de l’Ă©lite ?

L’expĂ©rimentation a Ă©tĂ© jugĂ©e satisfaisante et pourra ĂŞtre Ă©largie, ont fait savoir fin octobre les membres de l’Instance nationale du supportĂ©risme (INS), qui met autour de la table tous les acteurs du sujet (Ligue, FĂ©dĂ©ration, supporters, autoritĂ©s…).

“Le bilan a Ă©tĂ© unanimement saluĂ©. L’ensemble des acteurs est impressionnĂ© par cette expĂ©rimentation qui doit ĂŞtre Ă©largie”, a assurĂ© Nathalie Boy de la Tour, prĂ©sidente de la Ligue de football professionnel, prĂ©cisant que cette option pourrait prochainement entrer dans le code du sport. Et le ministère des Sports a annoncĂ© une expertise sur le plan rĂ©glementaire.

Lens y est favorable Ă  100%: “On ne veut pas faire les donneurs de leçon, mais notre expĂ©rience laisse Ă  penser qu’on a pris la bonne dĂ©cision”, se fĂ©licite le club.